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Luna & Esther Shalev-Gerz

Genève, Rue Lissignol 8 et 10: Luna découvre l'œuvre d’Esther Shalev-Gerz perchée sur le toit d’immeubles. Cette double horloge l’amène à s’interroger sur le temps, symétrique mais différent, sur notre relation au temps et à un être aimé.
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MINI-PORTRAIT DE LA / DU JEUNE

Nom: Luna
Âge: 19 ans

Ton/votre heure préférée? Juste avant de dormir, dans ma tête en train de réfléchir.
Quelle est l’odeur de la joie? Un repas chaud que j’aime et qui sent super bon.
C’est quoi ta/votre cachette favorite? Les livres.

MINI-PORTRAIT DE LA / DU JEUNE

Nom: Luna
Âge: 19 ans

Ton/votre heure préférée? Juste avant de dormir, dans ma tête en train de réfléchir.
Quelle est l’odeur de la joie? Un repas chaud que j’aime et qui sent super bon.
C’est quoi ta/votre cachette favorite? Les livres.

MINI-PORTRAIT DE L'ARTISTE

Nom: Esther Shalev-Gerz
Année de naissance: (*1948)

Ton/votre heure préférée? L’heure où les deux aiguilles de l’horloge dessinent ensemble un sourire (2h50).
Quelle est l’odeur de la joie? L’écorce des arbres.
C’est quoi ta/votre cachette favorite? La forêt.

Les Inseparables
Genève

Esther Shalev-Gerz, Les Inséparables, 2016 © Sandra Pointet

Artiste: Esther Shalev-Gerz (*1948)
Titre de l’oeuvre: Les Inséparables
Année: 2016
Technique: Sculpture animée avec double-horloge (acier inox et aluminium, double mouvement motorisé, système électrique)
Dimensions: 300 x 180 x 35 cm
Lieu d’exposition: Rue Lissignol 8 et 10, 1201 Genève (toiture des immeubles)

MINI-PORTRAIT DE L'ARTISTE

Nom: Esther Shalev-Gerz
Année de naissance: (*1948)

Ton/votre heure préférée? L’heure où les deux aiguilles de l’horloge dessinent ensemble un sourire (2h50).
Quelle est l’odeur de la joie? L’écorce des arbres.
C’est quoi ta/votre cachette favorite? La forêt.

Transcription de l'épisode

Salut. Je m’appelle Luna, j’ai dix neuf ans, j’habite à Genève.

 

L’art pour moi, c’est un peu un moyen universel de transmettre des émotions, des messages.

 

Aujourd’hui, j’ai rendez-vous avec une œuvre d’art d’Esther Shalev-Gerz, à Genève. Tu viens?

 

LUNA: J’arrive à destination. On rentre dans une rue piétonne, des petits bistrots. C’est un tout petit peu plus tranquille. On attend de voir l’œuvre… On est en train de passer à côté d’une façade avec plein de volets, de toutes les couleurs. Je ne pense pas que ce soit ça, mais en tout cas, c’est très joyeux et très coloré. On arrive au bout de la rue, donc on ne l’a pas trouvée à première vue. Donc on va revenir en arrière et chercher. On va voir si on la trouve. Je viens de me retourner et j’ai remarqué qu’au-dessus de l’immeuble, donc sur le toit tout en haut, j’ai remarqué l’œuvre et ça semble être deux horloges pour l’instant. Mais elle est très en hauteur et donc n’était pas reconnaissable à première vue.

Ce que je vois, c’est deux horloges, qu’on l’air de fusionner; soit elles sont collées l’une à l’autre, soit elles ne sont pas terminées. Les aiguilles tournent dans des sens inverses, donc une dans le sens des aiguilles d’une montre et l’autre dans le sens inverse, un peu en symétrie, en simultané. Et c’est une horloge blanche avec des aiguilles noires et l’aiguille des secondes en rouge. Tout est inversé.

Ça me fait penser au thème du temps qui passe, un peu en accéléré, là les secondes vont très vite. En fait non, le rythme est normal. La symétrie, je ne sais pas trop ce que ça peut vouloir dire, mais vu qu’il y a deux horloges, ça me fait penser à deux personnes qui n’ont pas forcément la même conception de la vie du temps mais qui passent leur vie ensemble, elles arrivent à s’accorder et à passer du temps ensemble.

Le temps qui passe, ça peut être un peu angoissant, ça peut être quelque chose de pas forcément bien, parce qu’on on ne contrôle pas du tout le temps qui passe. Mais en même temps, ça peut être du temps qui est bien dépensé, qui est passé avec des amis, ou la famille. Donc c’est pas forcément connecté négativement. Surtout que là il y a deux horloges. Donc ce n’est pas la solitude du temps qui passe, c’est plutôt quelque chose à deux.

Peut-être que j’aurai plus d’informations en lisant la notice. L’œuvre s’appelle “Les Inséparables” d’Esther Shalev-Gerz. Elle a été réalisée en 2016 et c’est une installation, une double horloge en acier inox et en aluminium, avec un double mouvement motorisé et un système électrique. Les dimensions, sont de 300 x 180 x 35 centimètres.

Donc c’est relativement grand. Mais je ne l’ai pas vu tout de suite, plutôt à cause de son emplacement. Le titre, “Les Inséparables”, ça va un peu avec ce que j’ai dit: c’est deux horloges fusionnées, donc ça pourrait être deux personnes qui passent du temps ensemble et qui sont inséparables. Donc le temps est symétrique mais différent. Du coup, il y a quand même une différence, mais il reste un lien, une connexion qui ne se brise pas au fil du temps.

Dans chaque horloge, les petits traits des minutes ne sont pas présents; ça pourrait dire que chacun fait un peu des concessions pour l’autre et finalement ça fonctionne.

J’ai quelques questions pour l’artiste.

ESTHER SHALEV-GERZ: Salut Luna, je vais tenter de répondre à tes questions. C’est marrant que tu n’aies pas trouvé l’œuvre au premier regard. C’est aussi ce qui m’a plu dans cette invitation faite par la Ville de Genève, par le FMAC à des artistes: investir les espaces des toits qu’on on ne regarde généralement pas. Ces emplacements près des cieux et des nuages. J’ai accepté l’invitation et ai placé ma double horloge sur le bâtiment réhabilité qui historiquement était l’habitation de travailleurs en horlogerie du début du XXe siècle.

LUNA: Est-ce qu’ utiliser le temps de cette manière, c’est pour nous ancrer dans le présent et nous montrer que le temps, c’est ce qui nous ramène toujours à la réalité. Ou c’est plutôt ici le fait que ce soit une symétrie et qu’une horloge aille dans un sens et un dans l’autre. Et cela nous dit plutôt que finalement le temps, c’est une construction humaine et qu’il ne faut pas s’y fier plus que ça. Et le titre “Les inséparables” invite à passer du temps avec la personne qu’on a choisie… Est-ce que c’est pour ça que vous avez nommé ces horloges de cette manière, pour les humaniser?

ESTHER SHALEV-GERZ: Cette double horloge, je l’ai créée pour saluer un philosophe qui s’appelait Walter Benjamin, qui disait qu’on est toujours dans le présent. On n’est pas dans le passé et on n’est pas dans le futur. Même si on invite le passé, on l’invite au présent. Et je vis, pense et crée mon art de la même façon. On est toujours au présent. Dans cette double horloge, il y a un lieu de chevauchement où les deux temps, celui qui avance et celui qui recule, se rencontrent et il se crée comme un un petit espace qui est l’espace du présent, même si toutes les horloges sont toujours au présent. Celle qui recule, d’une certaine façon, contredit cette invention des humains, des horlogers.

Cette double horloge nous propose une image graphique: parfois les deux cadrans forment une ligne, parfois, ils forment d’autres formes. C’est comme une œuvre d’art qui bouge tout le temps et qui propose un moment d’arrêt où on est suspendu dans le temps. Et ce moment est le moment le plus précieux dans l’art. Parce qu’on arrive à inviter des visiteurs et des regardeurs à réinventer leur propre relation à l’œuvre, comme ta propre proposition peut-être. C’est un moment de rencontre, de partage entre deux personnes et je trouve que c’est merveilleux que tu sois arrivée à cette proposition.

LUNA: Comment vous l’avez montée là-haut? Je me demande aussi si mettre deux horloges comme ça à Genève, qui est quand même la ville reconnue pour ses montres, ce serait un clin d’œil à la ville ou pas forcément au vu de l’emplacement?

ESTHER SHALEV-GERZ: On a construit cette horloge dans une manufacture horlogère. On l’a amenée avec un camion et on l’a montée avec une énorme grue. On a fait un test auparavant pour voir quelle taille serait la meilleure pour cette rue. Cette rue est est très intéressante parce qu’elle forme un angle, et depuis la rue principale, si on regarde de ce côté-là on voit quelque chose en rond. La taille était très importante et c’est devenu trois mètres. Ça veut dire deux fois ma taille.

Bye bye Luna. Bonne suite.

 

°°

ART’S COOL autrement dit “Art is cool”!

C’est un rendez-vous avec une œuvre d’art contemporain suisse regardée, expertisée et questionnée par des jeunes gens auxquels répond à sa façon l’artiste qui a réalisé l’œuvre. C’est simple, non?

Durant cette deuxième saison, notre podcast vous invite à des explorations hors des lieux habituels d’exposition, le plus souvent en plein air! Chaque semaine, ou presque, nous découvrons ainsi ensemble une création artistique située dans l’espace public quelque part en Suisse.

Aujourd’hui, il a été question de “Les Inséparables” d’Esther Shalev-Gerz, examinée par le regard curieux de Luna. Ne manquez pas de découvrir l’œuvre d’art en personne à Genève, Rue Lissignol 8 et 10.

Collectionnons l’art contemporain avec nos oreilles! Le site artscool.ch rassemble tous les épisodes diffusés depuis l’automne 2021. Une collection variée et grandissante! Vous y trouverez aussi les portraits des jeunes aficionadas et aficionados d’art contemporain, les mini bio des artistes interviewés ainsi que les photos des œuvres.

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Le podcast ART’S COOL est réalisé et diffusé grâce au précieux soutien de la Loterie Romande, du Pour-cent culturel Migros, de la Fondation Oertli, de la Fondation Sandoz, des cantons d’Argovie, Bâle-Ville, Berne, Glaris, Grisons, Obwald, Saint-Gall, Soleure, Thurgovie, Valais, Vaud, Zoug et Zurich, ainsi que des villes de Genève, Winterthur, Yverdon-les-bains, Zoug et Zurich.

Avec les voix de Florence Grivel pour la version française et de Stephan Kyburz pour la version allemande.
Musique et habillage sonore par Christophe Gonet.

C’est une production Young Pods.