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Happy Views 01 _ Bryan & Jean Tschumi

Le Cèdre, Siège de La Vaudoise, Lausanne: Bryan explore l’architecture de Jean Tschumi. Outre une fascination pour l’escalier si aérien, le bâtiment suscite en lui de nombreuses questions auxquelles répond Stéphanie Quantin Biancalani, conservatrice à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris.
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MINI-PORTRAIT DE LA / DU JEUNE

Nom: Bryan
Âge: 22 ans

Ton parfum de glace préféré? Caramel.
C'est quoi l'odeur de l’été? La mer.
Le plus bel endroit du monde? La mer.

MINI-PORTRAIT DE LA / DU JEUNE

Nom: Bryan
Âge: 22 ans

Ton parfum de glace préféré? Caramel.
C'est quoi l'odeur de l’été? La mer.
Le plus bel endroit du monde? La mer.

MINI-PORTRAIT DE L'ARTISTE

Nom: Stéphanie Quantin Biancalani, historienne de l'art et de l'architecture, spécialiste de Jean Tschumi

Votre parfum de glace préféré? Poire.
C'est quoi l'odeur de l’été? L’odeur de l'estran, un peu rance, après la marée.
Le plus bel endroit du monde? Le Louisiana Museum à Humlebaek, au Danemark.

Jean Tschumi, Siège Le Cèdre, 1956 © Joël Tettamanti .Collection d_art de la Vaudoise Assurances

Crédits photo: © Joël Tettamanti. Collection d'art de la Vaudoise Assurances.

Artiste: Jean Tschumi (1904-1962)
Titre de l'œuvre: Le Cèdre
Année: 1956
Technique: Architecture
Lieu:

Siège de la Vaudoise Assurances
Place de Milan
Case postale 120
1001 Lausanne

Visites sur demande: artistique@vaudoise.ch
www.vaudoise.ch

MINI-PORTRAIT DE L'ARTISTE

Nom: Stéphanie Quantin Biancalani, historienne de l'art et de l'architecture, spécialiste de Jean Tschumi

Votre parfum de glace préféré? Poire.
C'est quoi l'odeur de l’été? L’odeur de l'estran, un peu rance, après la marée.
Le plus bel endroit du monde? Le Louisiana Museum à Humlebaek, au Danemark.

Transcription de l'épisode

ART’S COOL présente HAPPY VIEWS.

C’est une promenade au cœur d’une collection privée.

Aujourd’hui, bienvenue dans celle de la Vaudoise Assurances. Une institution qui soutient et valorise l’art contemporain suisse au travers de sa remarquable collection.

Salut. Je m’appelle Bryan.
J’ai vingt et un ans et j’habite à Lausanne.
Je suis apprenti à la Vaudoise.

Pour moi, la Vaudoise, c’est avant tout une assurance, mais également un employeur.
Et pour moi, l’art, c’est compliqué. Je trouve ça très joli, mais parfois un peu incompréhensible.

J’ai rendez-vous avec une réalisation architecturale de Jean Tschumi: le siège de la Vaudoise. Il se situe juste devant moi. Tu viens?

BRYAN:

Avant d’entrer dans le bâtiment, je vais juste décrire un peu la façade, parce que je trouve que c’est une architecture vraiment très moderne. Il est vitré. Et ce vitrage est composé de séquences très grandes. On voit, au-dessus de l’entrée, un avant-toit: ça fait une entrée très prestigieuse.

Dès l’entrée, on voit à travers le bâtiment le grand parc et la vue sur le lac. Je me balade un peu dans le hall et on voit directement un grand escalier. Cet escalier est assez particulier parce qu’il est divisé en deux matières différentes. Et il est presque tombant: il ne ressemble pas du tout à un escalier normal. Quand on se déplace sous l’escalier, on a l’impression qu’il flotte presque dans les airs. Dans le hall, je me sens à l’aise parce que c’est très spacieux. Si, par exemple, je devais attendre dans le hall, il y a plein de belles choses à regarder.

Le bâtiment s’appelle Le Cèdre. Il a été réalisé par Jean Tschumi et il date de 1956.

Voici les questions que j’aimerais poser à la spécialiste de l’architecture de Jean Tschumi, Stéphanie Quantin Biancalani:

– Comment Jean Tschumi a-t-il été inspiré à créer un bâtiment moderne mais également artistique?

– Par quoi a-t-il été inspiré pour combiner cet art avec un bâtiment classique pour une assurance?

– Est-ce la Vaudoise qui a demandé à Jean Tschumi de faire le bâtiment et quelles étaient les contraintes imposées?

– J’aimerais également savoir ce qu’était ce terrain avant la construction du bâtiment.

– Le bâtiment s’appelle Le Cèdre: est-ce qu’ils ont dû construire le bâtiment autour des arbres?

– Est-ce que c’était courant d’avoir autant de de lumière, autant de vitres, dans un bâtiment, déjà à cette époque?

– Je me pose aussi la question si le mobilier, dont les chaises qu’on a dans le hall, date aussi de cette période et a donc septante ans.

– Est-ce que ce hall a changé depuis septante ans?

– À côté de la Vaudoise assurances, il y a une autre œuvre de Jean Tschumi: l’Aula des Cèdres. J’aimerais savoir s’il l’a faite avant ce bâtiment.

– Est-ce que cet autre bâtiment a les mêmes principes architecturaux, c’est-à-dire qu’il a tout fait de A à Z, comme une œuvre, comme une œuvre d’art?

STÉPHANIE QUANTIN BIANCALANI:

Salut Bryan, Je vais essayer de répondre à tes questions.

Comment l’architecte a-t-il été inspiré pour créer un bâtiment classique, fonctionnel, mélangé à une architecture artistique? Ce qu’il faut d’abord rappeler, c’est que Jean Tschumi s’est formé à l’école des Beaux-arts. Il s’est formé dans l’atelier d’un architecte qui s’appelle Emmanuel Pontremoli, qui est certainement un des plus classiques de tous les professeurs qui enseignent à l’école des Beaux-arts à cette époque. Il y apprend les règles de composition de l’architecture classique; un certain sens de l’équilibre des formes, des proportions. Et il est vrai que les trames rigoureuses du siège de la Vaudoise reflètent cette culture classique. Mais juste avant la guerre, il est vrai aussi que Jean Tschumi subit l’influence croissante des architectes modernes. Il s’inspire des architectures rationnelles d’Auguste Perret, notamment pour les laboratoires Sandoz à Orléans, mais aussi des exemples récents américains. En 1952, Jean Tschumi fait un voyage aux États-Unis, où il visite notamment New York, Washington, et il découvre des immeubles de bureaux parmi les plus innovants en termes de fonctionnalité, de flexibilité. Ceux-ci vont avoir une influence décisive sur son parti architectural pour la Vaudoise.

Et puis vous parlez aussi d’une architecture artistique à propos de la Vaudoise. Et c’est vrai que le siège de la Vaudoise est l’occasion d’un concours artistique lancé à la toute fin du chantier. Celui-ci va avoir un succès assez exceptionnel puisqu’il va y avoir plus de trois cent soixante candidats. L’objectif de ce concours, c’est d’attribuer les commandes de peinture et de sculptures qui vont venir orner le bâtiment de Jean Tschumi. C’est une question, la question de la synthèse des arts, la question de l’intégration des arts à l’architecture et du dialogue entre artiste et architecte, qui est largement débattu dans les congrès contemporains, dans les conférences. On pense notamment à celle de Fernand Léger sur le rôle de la couleur dans l’architecture. Et évidemment, Jean Tschumi est tout à fait réceptif à ces différentes réflexions. Pour lui, c’est évident que la Vaudoise est un tout et qu’il n’est pas possible de dissocier l’architecture, les façades, l’aménagement intérieur du mobilier, mais des commandes artistiques également, ou encore de l’intégration paysagère, de l’ordonnance des jardins, de l’étude des couleurs, de l’étude des matériaux. Pour lui, tout cela doit être intégré et fusionner en un tout quasiment organique.

Est ce que c’est la Vaudoise qui a commandé le bâtiment et quelles étaient les contraintes? C’est effectivement la Vaudoise, qui est quand même une entreprise majeure à l’époque en Suisse, l’un des principaux assureurs du pays, qui va initier le projet. Elle ne va pas exactement passer la commande. Il semble qu’en 1951, l’entreprise lance une petite consultation, sur invitation, entre architectes pour construire son siège principal, à Lausanne, sur un site de prestige au sud de la ville, en bordure du lac Léman. Très vite, Jean Tschumi va s’imposer et va remporter cette consultation architecturale pour construire le siège de la Vaudoise. Il faut dire qu’il a acquis une certaine réputation, puisqu’il vient tout juste de construire les laboratoires Sandoz à Orléans, qui lui ont valu une réception assez élogieuse, notamment dans la presse architecturale.

Les contraintes vont être de deux types. Une première, évidente en raison du site choisi, est paysagère. On est en bordure du lac Léman et c’est vraiment le site qui va dicter l’implantation du bâtiment en V pour pouvoir ouvrir au maximum l’architecture sur le paysage. L’idée, c’est d’éviter tout obstacle visuel et d’offrir à chaque bureau, à chaque employé de la vaudoise une vue idéale sur le lac Léman. Donc les deux volumes de bureaux vont être disposés en équerre, le long de l’Avenue de Cour et de l’Avenue des Bains, avec une attention plus particulière portée sur le volume principal, et notamment le rez-de-chaussée du volume principal, qui forment presque une galerie vitrée ouvrant sur les Alpes et le lac Léman. À l’époque, la Gazette de Lausanne parlera “d’une antichambre lacustre”.

La seconde contrainte, qui est importante, c’est la contrainte de fonctionnalité. L’idée, on est là dans une architecture corporate, c’est d’offrir un espace de prestige mais aussi de travail; donc d’offrir des conditions de travail qui répondent à des standards modernes en termes d’efficacité, de flexibilité, de confort. Les standards seront fixés par comparaison avec les grands exemples américains de l’architecture corporate. Tout est conçu pour offrir un environnement de travail propice à la concentration, y compris les couleurs des murs. Tschumi, en collaboration avec l’architecte Guido Cocchi, va s’inspirer des théories américaines sur les couleurs fonctionnelles et les ambiances des espaces de travail. Les gammes chromatiques doivent contribuer à créer une ambiance psychologique qui va être propice à la concentration ou encore au repos avec des gammes de gris, jaune, mauve qui vont être ravivée par endroits par des couleurs plus vives.

Troisième question. Le bâtiment s’appelle Le Cèdre. Est ce qu’ils ont dû construire le bâtiment autour des arbres? Comme je vous l’ai dit, la qualité paysagère du site est un argument majeur pour l’implantation du bâtiment. Et effectivement, le choix de l’implantation a permis de sauvegarder tous les arbres de valeur et notamment un certain nombre de cèdres à la fois côté Avenue de Cour, ceux qui vont venir encadrer l’entrée d’honneur du siège, mais aussi côté parc, vers le lac Léman. Pour Tschumi, l’objectif est de marier une architecture légère au volume transparent, qui fusionne l’intérieur et l’extérieur, et la nature, et bien sûr l’art, à travers les œuvres d’art.

Est-il courant d’avoir autant de vitres dans un bâtiment? Par rapport à ses projets antérieurs, l’architecte a vraiment essayé de développer de plus en plus les surfaces vitrées du siège de la Vaudoise. L’exigence de transparence, qui est assez nouvelle, a été inspirée par les exemples américains, durant le voyage de 1952 aux États-Unis. Cette exigence de transparence sera encore accentuée pour le siège de Nestlé à Vevey. On a des fenêtres modernes sur alliage d’aluminium, avec des glaces Thermopan à guillotines pivotantes qui vont assurer une transparence, une clarté idéale pour évidemment les conditions de travail. Mais aussi, dans l’esprit de Jean Tschumi, l’objectif est d’ouvrir sur le paysage et sur la lumière naturelle.

Les chaises sont-elles d’origine dans le hall? Oui et non. Les fauteuils qui sont présentés actuellement au rez-de-chaussée du bâtiment principal sont des modèles assez célèbres, les “Diamond Chairs”, qui sont signées par le designer Harry Bertoia et qui ont été éditées par Knoll au milieu des années cinquante. Il est vrai que Tschumi avait l’habitude, pour ses projets, notamment de sièges sociaux, de dessiner une grande partie du mobilier lui-même, mais aussi d’acquérir des modèles contemporains auprès de grandes maisons de design. A l’époque, ces “Diamond Chairs” étaient effectivement dans le bâtiment de la Vaudoise, mais elles étaient situées, d’après les photographies, dans les bureaux des directeurs. Dans le hall, il y avait un autre modèle: des fauteuils qui avaient été dessinés par Jean Tschumi, d’un dessin assez intéressant, plutôt lourd, plutôt massif, avec une assise très inclinée, très basse. Ce qui est assez fascinant, dans le design Jean Tschumi, c’est que chaque meuble, chaque élément mobilier est vraiment pensé, étudié, dessiné pour répondre à un espace précis. Ici, les fauteuils étaient bas, précisément pour pouvoir apprécier la vue exceptionnelle sur les Alpes et sur le lac Léman.

Ce hall a-t-il changé depuis septante ans? Oui, le hall a connu quelques évolutions pour répondre aux nouveaux besoins de l’entreprise, mais pas de modification majeure qui pourrait dénaturer les qualités architecturales. Il faut vraiment saluer la politique de la Vaudoise pour conserver et pour mettre en valeur l’œuvre de Jean Tschumi. L’un des principaux changements que l’on pourrait noter, outre le changement du mobilier, c’est la bande d’accueil qui était à l’origine située face à l’entrée et qui est aujourd’hui sur un des côtés.

Et puis, de manière tout à fait opportune, la Vaudoise a poursuivi une politique de création de commandes artistiques et d’ajout d’œuvres contemporaines, que ce soit dans le parc ou dans l’entrée, qui sont venus enrichir cet espace de prestige et de représentation qu’est le hall de la Vaudoise.

Y a-t-il des points communs entre le siège de la Vaudoise et L’aula des Cèdres? L’aula des Cèdres est une œuvre un peu plus tardive. Elle est achevée en 1962, l’année de la mort de l’architecte, et elle correspond à un geste structurel. C’est un grand voile en béton, à double courbure en béton précontraint. C’est donc un geste structurel qui est assez unique dans la carrière de l’architecte. Mais, et je crois que le nom l’indique, les deux constructions partagent cette ouverture sur le paysage, ce lien organique avec l’environnement immédiat et notamment avec le lac Léman. Il y a eu quelques œuvres, des luminaires, des éléments de design qui ont été réalisés pour L’aula. Mais je crois que l’essentiel, c’est bien ce rapport à la nature qui confère à l’architecture de Jean Tschumi, sa dimension unique.

Bryan, je te souhaite une belle suite. Ciao

°°

ART’S COOL autrement dit ART IS COOL!

C’est un rendez-vous avec une œuvre d’art contemporain suisse regardée, expertisée et questionnée par des jeunes gens auxquels répond à sa façon l’artiste qui a réalisé l’œuvre. C’est simple, non?

Parfois, ART’S COOL vous invite à une expérience en mode “Happy Views”, comme aujourd’hui avec l’architecture du siège de la Vaudoise Assurances, Le Cèdre, conçu par l’architecte Jean Tschumi. Cette réalisation est examinée par le regard curieux de Bryan, auquel répond Stéphanie Quantin Biancalani, historienne de l’art et de l’architecture.

Cette construction abrite une partie de la Collection d’art de la Vaudoise Assurances.

Et collectionnez l’art contemporain avec vos oreilles! Retrouvez-nous presque chaque semaine pour compléter votre collection avec un nouveau focus sur une œuvre récente d’un ou d’une artiste suisse.

Vous trouverez les portraits des jeunes aficionadas et aficionados d’art contemporain, les mini bio des artistes interviewés ainsi que les photos des œuvres sur le site artscool.ch.

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Cet épisode du podcast ART’S COOL est réalisé et diffusé grâce au précieux soutien de la Vaudoise Assurances.

Avec les voix de Florence Grivel pour la version française et de Stephan Kyburz pour la version allemande.
Musique et habillage sonore par Christophe Gonet.

C’est une production Young Pods.