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ARTCHUV | Silvia Hanhart: Une vie qui déborde du cadre

Silvia Hanhart est cheffe du Service hôtelier et directrice de la logistique hospitalière par intérim au CHUV. Elle gère l'invisible: ce qui fait qu'un hôpital fonctionne sans qu'on y pense. L'œuvre de Rafael Kouto, l'a d'emblée interpellée. Elle y voit plusieurs cultures, plusieurs mémoires entrecroisées. Et surtout: une vie qui déborde du cadre. Elle est sensible à cette beauté inhabituelle, pas immédiate, qui conquiert progressivement le regard. Cette œuvre pleine de soleil et de vie lui donne de l'énergie.
9. ASC_CHUV_Silvia Hanhart

MINIPORTRÄT DER / DES JUGENDLICHEN

Silvia Hanhart, Cheffe du Service hôtelier et Directrice de la logistique hospitalière a.i.

MINIPORTRÄT DER / DES JUGENDLICHEN

Silvia Hanhart, Cheffe du Service hôtelier et Directrice de la logistique hospitalière a.i.

MINIPORTRÄT DES KÜNSTLERS / DER KÜNSTLERIN

Rafael Kouto (*2017, marque)
Œuvre: Lean on the memories of my disappearing bodies, 2024
Technik: Impression textile, 210 × 82 cm
© Rafael Kouto – ARTCHUV

KOUTO Rafael, Lean on the memories of my disappearing bodies

Matthieu Gafsou (*1981)
Œuvre: V, série Surfaces, 2008
Technik: Photographie, 80 × 100 cm
© Matthieu Gafsou – ARTCHUV

MINIPORTRÄT DES KÜNSTLERS / DER KÜNSTLERIN

Rafael Kouto (*2017, marque)
Œuvre: Lean on the memories of my disappearing bodies, 2024
Technik: Impression textile, 210 × 82 cm
© Rafael Kouto – ARTCHUV

Transkript der Episode

ARTCHUV | SILVIA HANHART: UNE VIE QUI DÉBORDE DU CADRE
Rafael Kouto & Matthieu Gafsou: BIEN VU!

 

“Dans ma jeunesse, j’étais plutôt celle qui suspendait des posters dans sa chambre. Maintenant j’ai pris goût à l’art et j’aime beaucoup aller dans les musées quand j’ai du temps libre.”

 

Aujourd’hui, ART’S COOL va à l’hôpital. Dans les couloirs et les divers locaux du CHUV, le centre hospitalier universitaire vaudois, de nombreuses oeuvres dialoguent avec celles et ceux qui passent. Ces oeuvres font partie de la collection du CHUV. Elles apaisent, questionnent, stimulent, offrent une dose d’émotion, de réflexion, de réaction.

 

SILVIA HANHART

Je m’appelle Silvia Hanhart, je suis au CHUV depuis 23 ans. J’occupe actuellement le poste de directrice de la logistique hospitalière par intérim.

ART’S COOL

Logistique — ça veut dire que vous avez des liens avec les affaires culturelles, non?

SILVIA HANHART

Oui, entre autres. On nous sollicite par exemple pour mettre de la poésie sur les plateaux de repas. Et côté nettoyage, toutes les œuvres d’art accrochées dans les lieux publics: on doit briefer nos collaborateurs pour qu’ils fassent attention, qu’ils ne dépoussiérent pas n’importe quoi. On a donc un lien avec elles.

ART’S COOL

Nous voici devant l’œuvre que vous avez choisie.

SILVIA HANHART

Pour moi, ça reflète plusieurs cultures, plusieurs images. Et ce que j’ai trouvé très intéressant, c’est qu’il y a un cadre — et à côté ça déborde encore. Et la vie déborde souvent. Il y a aussi une certaine beauté qu’on ne voit pas tout de suite: d’abord on se dit «mais qu’est-ce que c’est?», et plus on regarde, plus elle ou il devient très beau.

ART’S COOL

Si je la décrivais: c’est le portrait d’un personnage aux origines afro-descendantes, peint sur de la soie. L’artiste a placé un cadre autour du visage du personnage — comme une icône. Des boucles d’oreilles comme des faisceaux de lumière lui donnent presque une auréole, et ça déborde du cadre, ça ruisselle même. Qu’est-ce que ça fait en vous?

SILVIA HANHART

Ça donne de l’énergie. Ces auréoles, pour moi c’est le soleil — ça inspire la vie. Dans ses yeux, on peut voir une certaine tristesse aussi. Je pense que je regarderai cette œuvre quand je suis de bonne humeur et pleine d’énergie, mais aussi quand je suis peut-être moins en forme, pour me consolider.

L’œuvre que j’ai choisie est de Rafael Kouto. Elle s’appelle Lean on the memories of my disappearing bodies et date de 2024.

ART’S COOL

Qu’est-ce que le titre vous inspire?

SILVIA HANHART

Ça parle des mémoires. Ça me fait penser aux gens que j’ai côtoyés, et dans ma vie professionnelle, nous avons beaucoup de cultures différentes. On doit s’adapter et vivre ensemble — et ça, je le vis très positivement.

ART’S COOL

On peut imaginer le corps qui disparaît, le corps du disparu, et en même temps il est très présent dans cette œuvre. Il est aussi un peu fantomatique, non?

SILVIA HANHART

C’est justement ça qui m’attire. C’est spécial. J’ai une œuvre à la maison que j’ai découverte avec une personne de mon entourage: la première fois, j’ai dit «mais c’est moche». Et maintenant, avec le temps, je la trouve très belle. C’est un peu la même chose ici. D’abord on dit «oups», et puis on réalise qu’elle est très belle, cette énergie, ces couleurs.

ART’S COOL

Si cette œuvre était un médicament, pour quoi l’utiliserait-on?

SILVIA HANHART

Quelque chose qui enlève les douleurs. Pour se sentir plus équilibrée — et parfois, quand je suis un peu énervée, pour redescendre sur terre.

ART’S COOL

Bien vu! Je note: Silvia Hanhart trouve cette œuvre intrigante. Elle fait du bien, elle calme tout en étant pleine d’énergie. Elle déborde — comme parfois la vie.

Et quelle œuvre pourrait-on bien prescrire pour prolonger, renforcer, compléter les effets? Réponse avec Rosalie Vasey et Agathe Naito, chargées du programme ARTCHUV.

ARTCHUV

Dans le même esprit que l’œuvre choisie par Silvia Hanhart, voici une photographie de Matthieu Gafsou.

ART’S COOL

Tirée de la série Surfaces. Cette œuvre s’appelle V. Elle date de 2008. Elle fait 80 × 100 centimètres.

SILVIA HANHART

C’est une photo. Ça ne me parle pas du tout. C’est comme une yourte. On dirait qu’il y a du soleil, puis on descend le parasol, on attache les linges pour être protégé si la pluie vient — parce qu’il fait un peu gris. Ça, je ne mettrais pas ça dans mon bureau.

ARTCHUV

Sur cette photographie, on voit un parasol auquel sont soigneusement accrochés différents textiles afin de créer un abri de fortune. Elle a été prise en Tunisie entre 2006 et 2008, le pays du père de l’artiste. L’image porte sur l’identité d’un pays tiraillé entre un désir de modernité et l’usage d’un habitat traditionnel. Le textile rappelle ici sa fonction protectrice — évocation d’une cabane, d’un refuge. Rappelons-nous que le vêtement, au cœur de la démarche de Rafael Kouto, nous protège au quotidien.

Ces deux œuvres peuvent aussi être comprises comme des hommages aux communautés marginalisées. Comme le dit Silvia Hanhart, elles donnent de l’énergie — mais peut-être nécessitent-elles qu’on s’y attarde, comme un médicament à temps de latence.

 

“Notre prescription: prendre le temps de regarder ce qui se cache derrière les apparences.”

 



ART’S COOL: ART’S COOL autrement dit “Art is cool”! C’est un rendez-vous décomplexé autour de l’art contemporain entre des esprits curieux et des œuvres d’art. C’est simple, non?

Cette capsule appartient à la série BIEN VU! — dix épisodes pour explorer autrement la collection d’art du CHUV.

ARTCHUV, c’est l’art à l’hôpital: une manière de retourner le regard, de faire du CHUV un lieu de soin… et d’inspiration.



Script: Patrick Comte, Florence Grivel, Nadja Imhof
Interview et diagnostic: Florence Grivel
Antidote ou renouvellement de prescription: Agathe Naito & Rosalie Vasey, chargées du programme ARTCHUV, l’art à l’hôpital au CHUV
Musik und Sounddesign: Christophe Gonet.
Cet épisode est réalisé et diffusé grâce au précieux soutien du CHUV, de la Fondation Leenaards, de la Fondation Sandoz et du Canton de Vaud.
Dies ist eine Produktion Young Pods.