ARTCHUV | VÉRONIQUE SCHOBER: ON VOIT DES CHOSES
Daniel Frank & George Oswald: BIEN VU!
“Elle est abstraite, mais en même temps, on voit des choses. Et ce que j’aime dans cette œuvre, c’est que c’est la vie, c’est tout ce qu’elle rappelle — la chaleur, et tout.”
Aujourd’hui, ART’S COOL va à l’hôpital. Dans les couloirs et les divers locaux du CHUV, le centre hospitalier universitaire vaudois, de nombreuses oeuvres dialoguent avec celles et ceux qui passent. Ces oeuvres font partie de la collection du CHUV. Elles apaisent, questionnent, stimulent, offrent une dose d’émotion, de réflexion, de réaction.
VÉRONIQUE SCHOBER
Je m’appelle Véronique Schober, je suis présidente de la commission du personnel du CHUV.
ART’S COOL
Vous venez ici tous les jours. Qu’est-ce que ça fait d’avoir l’art présent à l’hôpital?
VÉRONIQUE SCHOBER
Je trouve que ça permet de s’échapper, de vider l’esprit les jours difficiles. J’aime beaucoup venir voir les expositions — on peut échanger avec des gens. Et je trouve que c’est important d’avoir des œuvres d’art à l’hôpital, même si on n’y connaît rien.
ART’S COOL
Vous avez choisi parmi toutes les œuvres de la collection.
VÉRONIQUE SCHOBER
C’est une œuvre de Daniel Frank, intitulée Coucher de soleil II, de 2004. C’est une huile.
ART’S COOL
Pourquoi cette œuvre?
VÉRONIQUE SCHOBER
D’abord, la couleur m’a attirée. Cette nappe orangée m’a fait penser à un brouillard sur le lac — un lac que j’imagine dessous. Je vois au loin les montagnes, le Lavaux. Ces couleurs chaudes, c’est quelque chose de vivant, qui est en même temps calme, apaisant, mais qui donne aussi de l’énergie.
ART’S COOL
Est-il important pour vous que ce paysage soit rattaché à un paysage que vous connaissez?
VÉRONIQUE SCHOBER
Je viens du Lavaux. C’est vrai que ça m’a particulièrement touchée. Le Lavaux, c’est toute ma vie.
ART’S COOL
Si on s’intéresse à l’effet physiologique de l’œuvre sur vous, qu’est-ce que vous pourriez dire?
VÉRONIQUE SCHOBER
Ça me met en joie, ça me donne une énergie que je ne peux pas expliquer, et en même temps ça me détend. J’allais même demander si je pourrais l’avoir dans mon bureau. Moi qui reçois du personnel en difficulté au quotidien — les gens arrivent, et c’est la première chose qu’ils voient. Récemment, une dame m’a dit: «Je ne suis jamais bien, mais quand je ressors de chez vous, ça fait beaucoup. Qu’est-ce que vous avez mis au mur?»
ART’S COOL
Si on imagine que cette œuvre était un médicament, qu’est-ce qu’il soignerait?
VÉRONIQUE SCHOBER
Les maux divers — mais je pense qu’il ferait beaucoup de bien psychologiquement. Il y a tellement de gens qui se sentent mal moralement en ce moment. Et pour quelqu’un qui a un cancer, une maladie lourde, je pense que ça l’apaiserait beaucoup.
ART’S COOL
Bien vu! Je note: Véronique Schober éprouve pour ce paysage un attachement très fort — un paysage qui lui rappelle sa région. Une œuvre apaisante, pleine de chaleur et de douceur, qui vitamine la journée.
Et quelle œuvre pourrait-on bien prescrire pour prolonger, renforcer, compléter les effets? Réponse avec Rosalie Vasey et Agathe Naito, chargées du programme ARTCHUV.
ARTCHUV
Tout semble à première vue opposer les œuvres de Daniel Frank et de George Oswald. La première, réalisée à la peinture à l’huile, représente un paysage aux couleurs vives. La seconde se distingue par une esthétique minimaliste et l’usage d’une technique d’impression en relief: le gaufrage. Ce relief prend la forme d’une inscription en braille qui génère un subtil jeu d’ombre, donnant l’illusion de variations de blanc et sollicitant avant tout le sens du toucher. Pourtant, une convergence se dessine et renouvelle la prescription.
ART’S COOL
Il s’agit d’un gaufrage sur papier de George Oswald intitulé «Ne Pas Toucher». Cette œuvre date de 2021. Elle fait 30 × 40 centimètres.
VÉRONIQUE SCHOBER
C’est particulier. Un tableau blanc, mais avec — comment dit-on — cette écriture pour les aveugles qui ressort. Le braille. Je suis complètement prise dans le tableau parce que je ne m’attendais pas à voir une œuvre toute blanche. C’est comme un échappatoire: il n’y a rien, à part le braille. Il faut le voir.
ARTCHUV
L’œuvre de Daniel Frank est traversée par une poésie sensorielle qui éveille le toucher. L’inscription sur l’œuvre de George Oswald signifie «Ne pas toucher» — générant ainsi un paradoxe. Par ailleurs, le blanc dans le contexte hospitalier acquiert une signification particulière: cette non-couleur participe à la sécurité et à la qualité de la prise en charge, renvoyant à l’idée de propreté et d’hygiène des lieux.
À l’opposé, les couleurs de l’œuvre de Daniel Frank répondent aux attentes de nombreux usagers de l’hôpital en apportant une forme de joie — comme le souligne si bien Véronique Schober.
“Notre prescription: recourir à une pointe d’humour dans la discussion des paradoxes.”
ART’S COOL: ART’S COOL autrement dit “Art is cool”! C’est un rendez-vous décomplexé autour de l’art contemporain entre des esprits curieux et des œuvres d’art. C’est simple, non?
Cette capsule appartient à la série BIEN VU! — dix épisodes pour explorer autrement la collection d’art du CHUV.
ARTCHUV, c’est l’art à l’hôpital: une manière de retourner le regard, de faire du CHUV un lieu de soin… et d’inspiration.

