ARTCHUV / CLAIRE CHARMET: UN COUCHER DE SOLEIL VERTICAL
Jean Scheurer & Nathalie Perrin: BIEN VU!
“Toute jeune, j’avais un vrai attrait pour des études artistiques. Puis je me suis rendue compte que quand on était obligé de le faire, ça devenait une contrainte. Donc je l’ai conservé pour mes activités privées.”
Aujourd’hui, ART’S COOL va à l’hôpital. Dans les couloirs et les divers locaux du CHUV, le centre hospitalier universitaire vaudois, de nombreuses oeuvres dialoguent avec celles et ceux qui passent. Ces oeuvres font partie de la collection du CHUV. Elles apaisent, questionnent, stimulent, offrent une dose d’émotion, de réflexion, de réaction.
CLAIRE CHARMET
Je m’appelle Claire Charmet, je suis la directrice générale du CHUV depuis le 1er juin 2025.
ART’S COOL
On est dans votre bureau, je repère des œuvres que je reconnais. Mais est-ce possible que je sois face à un original?
CLAIRE CHARMET
Ce sont des copies à l’huile réalisées un été avec mon époux.
ART’S COOL
Ah, c’est un « quatre mains »! Qu’est-ce que cette pratique artistique vous apporte?
CLAIRE CHARMET
Elle permet de sortir d’une journée ou d’une semaine de travail en étant très concentrée sur autre chose, parce que ça implique d’être là à 100%. On arrive ainsi à couper avec le reste.
ART’S COOL
Vous avez remarqué la présence de l’art dans les espaces hospitaliers. Comment cela vous parle-t-il?
CLAIRE CHARMET
C’est important parce que le CHUV est un lieu de passage, un espace public du canton de Vaud où l’on peut simplement passer comme dans une administration — et voir des œuvres qui valorisent la production artistique du canton. Et quand on est hospitalisé, c’est aussi important d’avoir autre chose que les soins.
ART’S COOL
On est dans votre bureau, avec une vue époustouflante. Vous avez choisi cette œuvre. Pourquoi?
CLAIRE CHARMET
En toute honnêteté, elle était déjà là. Je l’ai conservée sans difficulté: elle présente une dynamique intéressante. C’est un tableau carré avec des rayures verticales. Au centre, une bande d’un orange très vif. Puis, par rayures successives avec des glacis, on arrive à un bleu électrique un peu rabaissé de blanc, qui reste assez vif sur les bords. On passe de l’orange au bleu, au vert, au violet, jusqu’au bleu, en traversant des bandes de jaune. Ça fait un peu comme un coucher de soleil sur le lac, mais dans le sens vertical et de façon extrêmement graphique.
ART’S COOL
Qu’est-ce que cela génère en vous comme émotions, comme pensées?
CLAIRE CHARMET
J’aime le côté dynamique de la ligne et de la couleur. Et puis il y a ce côté amusant d’imaginer que si je tourne la tête et que je regarde les lignes à l’horizontale, ça devient comme un coucher de soleil.
ART’S COOL
Je vous propose de lire la notice de l’œuvre.
CLAIRE CHARMET
C’est un tableau de Jean Scheurer, « sans titre », qui date de 2008. Ses dimensions sont d’un mètre sur un mètre et c’est une acrylique sur toile.
ART’S COOL
Si cette œuvre était un médicament, qu’est-ce qu’elle pourrait soigner?
CLAIRE CHARMET
Ce serait de la vitamine C — même si ce n’est pas formellement un médicament. Ce qui est intéressant aussi, c’est que sur l’une des rayures en haut du tableau, il y a un petit débordement de couleur dans une ligne où elle ne devrait pas être. Je la regarde et cela crée une petite relation personnelle avec l’imperfection. Elle m’en est encore plus familière et chère pour cette raison.
ART’S COOL
Je note: la directrice du CHUV Claire Charmet apprécie cette œuvre effervescente comme de la vitamine C. Une œuvre gaie et positive avec laquelle elle ressent un lien de familiarité.
Et quelle œuvre pourrait-on bien prescrire pour prolonger, renforcer, compléter les effets? Réponse avec Rosalie Vasey et Agathe Naito, chargées du programme ARTCHUV, l’art à l’hôpital au CHUV.
ARTCHUV
Cette œuvre a été prescrite en contrepoint à celle de Jean Scheurer, dont les lignes apparemment strictes laissent apparaître, par le biais de la couleur, un côté vibrant et énergisant très bien relevé par Claire Charmet. À l’inverse, l’œuvre de Nathalie Perrin, bien qu’elle évoque une chanson entraînante et festive, nous emmène dans quelque chose de plus sérieux — une forme d’écho à différents degrés de la vie à l’hôpital.
ART’S COOL
C’est un dessin — acrylique et crayon sur papier — de Nathalie Perrin, intitulé « Bee Gees ». Cette œuvre date de 2021. Elle fait 70 × 50 centimètres.
CLAIRE CHARMET
Par rapport à l’autre tableau, on éprouve un sentiment de familiarité: on a l’idée d’une étendue d’eau avec un ciel par-dessus. Mais le travail est très différent. Le tableau de Jean Scheurer, c’est de l’acrylique avec des lignes géométriques, de la transparence et des couleurs distinctes. Sur la deuxième œuvre, on est sur du crayon, avec des hachures plus dynamiques. On voit une eau qui bouge, des nuages assez grands qui bougent probablement eux aussi, avec un message au milieu. Il y a un côté graphique commun aux deux, mais qui n’est pas du tout travaillé dans le même esprit.
ARTCHUV
«Well now I get low, and I get high» sont les premières paroles du quatrième couplet de la chanson iconique des Bee Gees, Stayin’ Alive — dont le refrain est utilisé lors de la réanimation cardiaque, car son tempo aide à maintenir le bon rythme. Dans cette œuvre de Nathalie Perrin, ce texte — traduit en français, quelque chose comme «je touche le fond, puis je remonte» — se déploie au premier plan d’un paysage où se partagent une vaste étendue aquatique et un ciel nuageux. Les vagues semblent ainsi parler d’un entre-deux: on se retrouve entre la vie et la mort, ou en train de remonter à la suite d’une maladie.
“Notre prescription: transformer les choses de façon vitaminée.”
ART’S COOL: ART’S COOL autrement dit “Art is cool”! C’est un rendez-vous décomplexé autour de l’art contemporain entre des esprits curieux et des œuvres d’art. C’est simple, non?
Cette capsule appartient à la série BIEN VU! — dix épisodes pour explorer autrement la collection d’art du CHUV.
ARTCHUV, c’est l’art à l’hôpital: une manière de retourner le regard, de faire du CHUV un lieu de soin… et d’inspiration.

